France: la loi sur la protection des sources des journalistes critiquée

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Le Parlement français a adopté définitivement ce jeudi 6 octobre 2016 une proposition de loi sur l'indépendance et le pluralisme des médias. Si le texte vise notamment à une meilleure protection des sources des journalistes, il ne satisfait pas les représentants de la presse française.

C'était l'une des promesses du candidat Hollande : garantir aux journalistes la protection du secret des sources. C'est fait. La nouvelle loi a été adoptée définitivement ce jeudi au Parlement. En apparence, elle se veut très protectrice pour les journalistes. Le texte précise ainsi que tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de divulguer ses sources et de signer un article ou une émission dont la forme ou le contenu auraient été modifiés contre sa volonté.

Modifiant la loi de 1881 sur la presse et la loi Dati de juillet 2010, la nouvelle réglementation étend aussi la protection du secret des sources à tous les collaborateurs de la rédaction.

Mais le diable se cache toujours dans les détails. Le texte indique notamment qu'il ne peut être porté atteinte au secret des sources qu'à titre exceptionnel, par exemple pour un délit puni d'au moins sept ans d'emprisonnement. « Ça va donner lieu à des interprétations par les magistrats instructeurs qui risquent de fragiliser la jurisprudence péniblement établie après la loi de 2010. On est donc repartis pour une période d’incertitude, déplore Pierre-Antoine Souchard, président de l’association de la presse judiciaire. On n’est vraiment pas satisfaits de ce texte. Je ne suis pas certain qu’il protège le secret des sources comme le proclame la ministre de la Culture. »

Opposés à la loi qui apporte à leurs yeux de nouvelles contraintes, les députés Les Républicains devraient dans les prochains jours déposer un recours devant le Conseil constitutionnel.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

Le Conseil de l’Ordre des Journalistes France vous souhaite une bonne année 2017

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Le COJF vous souhaite à vous et vos proches une très belle année 2017, une année de combat, mais aussi de tolérance et de fraternité, il y en aura besoin dans le contexte électoral incertain qui s'annonce. L’actualité de la profession, la liberté d'informer, sans cesse menacée, doit être défendue avec force

"La France est attachée profondément à la liberté de la presse, et donc à l’indépendance des médias, dans un monde."

 Plus que jamais, notre COJF, qui célébrera en 2017 ses 8 ans d'existence, est mobilisé pour promouvoir l'indépendance des médias, le pluralisme des opinions, et une charte d'éthique commune à toute la profession, afin de garantir le droit du public à une information de qualité, complète, et libérée de tous les pouvoirs.

Je remercie l’entourage des collaborateurs les plus proches, celles d’abord qui sont demeurées auprès de moi et auxquelles j’exprime une particulière reconnaissance, celles et ceux qui sont arrivés, les autres aussi qui ont fait le choix personnel de se tourner vers d’autres activités.

Vous pouvez en être sûrs, je vous écoute, je vous comprends, je vous respecte, professionnels de grande qualité dans votre diversité qui faites face à tant de difficultés mais parvenez aussi à tant de réussites, journalistes dont la liberté d’appréciation est si précieuse.

Je vous souhaite chaleureusement le meilleur de ce que la vie en cette année peut vous permettre de découvrir, de partager et d’accomplir.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Présidentielle 2017 : Et si les réseaux sociaux comptaient plus que la télévision ?

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Pour le spécialistes des médias, Jean-Marie Charon la réforme du temps de parole dans la campagne présidentielle n'aura pas d'influence. Selon lui, les réseaux sociaux, les sites d'information ou les blogs comptent autant ou plus que la télévision.


Jean-Marie Charon est sociologue et chercheur au CNRS. Il enseigne à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, à Paris, ainsi qu'à l'IEP de Rennes. Il travaille en particulier sur les médias, et publie de nombreux ouvrages sur le sujet, dont Les Journalistes et leur public: le grand malentendu (Vuibert)


Les députés ont voté lundi une loi modifiant les règles de l'élection présidentielle. Les rédactions audiovisuelles ne sont plus obligées d'appliquer une stricte égalité de parole entre «petits» et «gros» candidats avant la campagne officielle. Que cela vous inspire-t-il?

Jean-Marie Charon: Il est normal que les règles changent alors même que l'offre de médias s'est complètement transformée et que les pratiques du public évoluent rapidement. Qu'est-ce que signifie comptabiliser le temps de parole à l'heure de la télévision délinéarisée, à l'heure aussi du 2ème, voire 3ème écran de l'ordinateur, du Smartphone, etc. Va-t-on compter le nombre de retweet ou de partage de vidéos sur Facebook durant une émission qui reçoit un candidat? Rappelons que selon l'étude 24/7 de Médiamétrie, 88% des personnes qui se voient recommander une vidéo, vont la consulter…

La polarisation sur une télévision dont les chaînes se sont démultipliées relève du contresens, alors même que, toujours selon la même étude de Médiamétrie, 38% des personnes interrogées disent s'informer par les médias numériques et que77% des 18-24 ans déclarent utiliser en priorité les médias digitaux pour s'informer.

Enfin il est temps que l'élargissement considérable de l'offre de supports d'information rende aux rédactions leur nécessaire responsabilité dans ce domaine et que les journalistes de radio et télévision puissent faire réellement leur travail dans la période de la plus haute intensité de nos institutions démocratiques.

Cela ne va-t-il pas avantager les candidats des grands partis? Que répondez-vous à ceux qui évoquent un déni de démocratie?

Le déni de démocratie c'était d'abord ce carcans horaire qui faisait que se polarisant sur le temps consacré à une dizaine de candidats, les journalistes pouvaient plus réellement nous informer. Qu'est-ce qu'une information où la hiérarchisation de l'information, la mise en perspective, l'analyse s'effacent derrière le comptage du temps consacré à chaque candidat?

Comme si par ailleurs la presse écrite ne comptait pas ou plus. Comme si surtout petits et grands candidats ignoraient les réseaux sociaux, les sites d'information ou les blogs. Comme si la réceptivité des électeurs / public aux arguments et projets des candidats n'était que question de temps d'exposition.

La télévision des futures présidentielles aura encore changé, comme la place de ce média dans les pratiques d'information. Il faut donc adopter une attitude pragmatique, qui donne davantage d'initiative et de responsabilité aux rédactions et à la société elle-même.

Le principe de l'équité désormais appliqué, n'est-il pas un peu flou?

Dans un paysage médiatique aussi diversifié que le nôtre, avec notamment la place que prend le numérique et tout particulièrement les réseaux sociaux, la véritable équité devra reposer sur le professionnalisme des rédactions et la vigilance d'électeurs disposant d'outils aussi réactifs que les plateformes d'échanges de vidéos ou les réseaux sociaux. Les derniers événements dramatiques que la France et l'Europe ont connu montrent bien la place qu'occupent ces outils. Pour le meilleur et pour le pire. Exigeant des rédactions d'être plus précises, plus rigoureuses, plus vigilantes, comme le montre le développement du fact checking.

En outre il revient au CSA d'éclairer les rédactions sur son interprétation de ce principe d'équité, en souhaitant qu'il ait lui-même cette ouverture aux évolutions des pratiques du public.

Avec la multiplication des chaînes de télé le précédent système était-il applicable?

La question est moins celle du nombre de chaînes que celle de l'évolution des pratiques du public qui peut accéder aux émissions n'importe quand et autant fois qu'il le souhaite. La question est de ce point de vue moins de savoir si le système est applicable que de s'interroger sur son utilité et ses inconvénients. Or ces inconvénients, lorsque les candidats sont nombreux est qu'il fige le travail journalistique durant de longues semaines, les plus cruciales d'une campagne électorale.

Existe-t-il un système qui pourrait satisfaire tout le monde? Lequel?

Nous sommes en plein bouleversement du paysage des médias et de l'information et ce bouleversement est appelé à se prolonger. La télévision d'aujourd'hui n'est pas celle qui avait justifié les règles appliquées jusqu'à ces derniers temps en France. La télévision des futures présidentielles aura encore changé, comme la place de ce média dans les pratiques d'information. Il faut donc adopter une attitude pragmatique, qui donne davantage d'initiative et de responsabilité aux rédactions et à la société elle-même.

Quels sont les règles dans les autres démocraties?

Les comparaisons sont difficiles dans cette matière tant le traitement des élections dépends des institutions démocratiques elles-mêmes. Peu de pays élisent leurs dirigeants au suffrage direct, notamment en Europe. Dans des démocraties qui donnent davantage de place aux parlements et aux partis politiques, il est naturel de tenir compte de la représentation parlementaire des différents partis. C'est le cas en Espagne ou au Royaume uni. Dans ce cas la référence est celle du nombre de siège obtenus par les uns et les autres aux précédents scrutins. Par ailleurs le public peut être davantage réglementé que le privé, comme en Espagne. Les formes d'information peuvent aussi être plus ou moins encadrées, comme les débats qui échappent à la réglementation du temps, outre-manche.

L'élection présidentielle française est souvent mise en perspective avec celle des Etats Unis. C'est peu dire que les systèmes d'information et les règles qui s'y appliquent ont peu de point commun avec les nôtres. Un pays où prévaut le 1er amendement qui stipule l'impossibilité de légiférer en matière d'information.

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Election présidentielle : quel cadre pour les primaires ouvertes ?

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Les élections primaires ouvertes pour désigner les candidats à l’élection présidentielle n’appartiennent pas à la tradition politique française, pourtant cette pratique s’installe peu à peu. Pour l’élection présidentielle de 2017, le parti Les Républicains, le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts organisent chacun une primaire.

Les primaires sont encore peu réglementées. Les autorités de contrôle et les pouvoirs publics manquent de recul pour trancher certaines questions relatives à cette nouvelle opération de vote. De nombreux acteurs de la vie politique française espèrent que les primaires soient davantage encadrées par la loi.

Rapide historique

Pour la première fois de l’histoire politique française une élection "primaire ouverte" a été organisée lors de l’élection présidentielle de 2012 pour désigner le candidat du Parti socialiste (PS). Elle a mobilisé près de 3 millions personnes qui sont venues voter.

Traditionnellement, la désignation des candidats en France a été mise en oeuvre au sein des structures partisanes soit par décision des instances dirigeantes, soit sous forme d’élection "primaire fermée" accessible aux seuls adhérents. Alors que les primaires animent la pré-campagne présidentielle depuis longtemps dans d’autres pays tels que les États-Unis, il s’agit en France, pour les partis organisateurs, d’inventer une pratique.

Les modes de désignation des candidats à l’élection présidentielle varient en fonction de l’organisation interne et de l’histoire de chaque parti politique. Les partis politiques décident librement de leur fonctionnement. Selon l’article 4 de la Constitution de 1958, "les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement." Aucun texte ne contraint les partis à adopter tel ou tel mode de désignation de leur candidat. Jusqu’en 2011, les modes de désignation s’exerçaient exclusivement en interne, procédant d’une désignation ou d’élections primaires fermées, c’est-à-dire réservées aux adhérents du parti organisateur. Fin 2009, les adhérents du Parti socialiste ont adopté par un vote le principe d’une "primaire ouverte" pour la désignation de leur candidat à l’élection présidentielle de 2012. Celle-ci a été organisée, fin 2011, selon un scrutin uninominal majoritaire à deux tours ouvrant la possibilité d’un deuxième tour opposant les deux candidats ayant obtenu le plus de voix lors du premier tour. La primaire était PLACÉE sous contrôle d’un organe interne au parti, indépendant de sa direction, dénommé Haute Autorité Éthique (HAE).

En juin 2015, le parti Les Républicains (LR) a adopté une "Charte de la primaire" qui prévoit que le candidat à la présidence de la République soutenu par LR en 2017 sera désigné à l’occasion d’une primaire ouverte à l’ensemble des citoyens "partageant les valeurs républicaines de la droite et du centre".

Les opérations de vote

En 2011, le Parti socialiste a ouvert le vote aux personnes inscrites sur les listes électorales ou ayant 18 ans au moment de l’élection présidentielle ainsi qu’aux étrangers adhérents du PS ou du Parti radical de gauche (PRG). Les votants s’acquittaient d’un droit d’entrée d’un euro minimum (un bénéfice de plus d’un million d’euros a été dégagé dont a bénéficié le candidat socialiste pour la campagne présidentielle). Chaque participant devait signer une charte d’adhésion aux valeurs de la gauche.

Pour la primaire organisée à l’automne 2016, le parti LR reprend ces points en fixant néanmoins le droit d’entrée à deux euros minimum, en demandant la signature d’une charte d’adhésion aux valeurs de la droite et en n’autorisant pas le vote aux étrangers adhérents. Pour pouvoir voter à la primaire d’Europe Écologie-les Verts, il faut soit être déjà adhérent, soit s’inscrire préalablement sur le site Internet de la primaire, signer la charte des valeurs. Cette inscription coûte 5 euros.

Le ministère de l’Intérieur a publié, le 22 février 2016, une circulaire qui précise les modalités d’organisation d’élections primaires par les partis politiques. Les mairies sont libres d’accepter ou non les demandes émises par les partis politiques de mise à disposition de locaux ou de personnels communaux. La mairie fixe les conditions de rémunération de ces services. Dans les bâtiments publics, et notamment à l’intérieur de la mairie, la mise à disposition de documents relatifs à l’élection primaire est exclue pour éviter de donner un caractère officiel à l’élection.

Les maires sont autorisés à fournir les isoloirs et les urnes. L’utilisation des panneaux d’affichage municipaux est laissée à leur appréciation. En revanche, l’utilisation des panneaux d’affichage spéciaux réservés aux affiches électorales est interdite. De même, il est interdit aux communes de prêter les ENVELOPPES de scrutin, leur remplacement faisant l’objet d’un marché public de l’État.

 

En 2011, le PS avait tenu plus de 9 500 bureaux de vote en métropole, en outre-mer et à l’étranger.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

Le Journaliste et sa conscience : Doit-il tout dire ?

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Il existe dans notre métier des chartes qui rappellent le journaliste à ses devoirs. Elles insistent sur le respect nécessaire de la vérité. Un journaliste, stipulent-elles, ne doit pas user de moyens déloyaux : mensonge, déformation de faits ou de documents, accusations sans preuves. Mais le journaliste doit-il pour autant tout dire ?


Toute vérité est-elle bonne à dire ?

Certes, le journaliste doit faire de la recherche de la vérité son compagnon. Mais la vraie interrogation est : peut-il ou doit-il dire toute la vérité ? Au journaliste, on demandera de mettre en pratique l’hymne du Wassoulou : « Dire la vérité en tout lieu, en tout temps ».

Dans les faits, la vérité passe par le regard ou l’oreille du journaliste. Ce qu’il a entendu, il le recompose, le réinterprète. Forcément, quelque chose se perd en route. Le réel porte l’empreinte du style, et fait l’objet d’une mise en scène. Il s’agit, alors, pour le journaliste de filtrer les informations puisque certaines d’entre elles ne sont pas communicables. C’est la dure réalité à laquelle il est parfois confronté, avec surtout le souci de respecter la vie privée d’autrui. L’information ne doit pas porter atteinte à la dignité des personnes. Car la question que doit se poser le journaliste dans l’intimité de sa conscience est celle de savoir si le droit à l’information est supérieur à l’intime tragédie humaine ? C’est en cela que consiste la déontologie du métier. Dans cet ordre d’idée, l’art de masquer devient de plus en plus une nécessité éthique. C’est l’auto-censure, même si dans la profession ce mot est tabou. Nous pouvons alors soutenir avec Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal « le Monde » que : « tout peut être dit mais pas n’importe quand ni n’importe comment ». Car il est des vérités assurément inutiles, et finalement pernicieuses. Est-il nécessaire, pour les médias, de flatter abusivement les curiosités les plus médiocres ? Il existe également des vérités déplaisantes, blessantes ou traumatisantes. Tout ceci doit passer devant le tribunal de la conscience du journaliste. Le filtre de la conscience

Mais si la déontologie fait de la vérité un impératif essentiel, cela ne doit pas nous faire oublier que le rapport du journaliste avec la vérité n’est pas chose simple. Le temps est d’abord son premier ennemi, il doit faire vite pour rendre compte. Autre danger pour le journaliste, alors que le réel n’a pas fini son déploiement, sa rédaction lui demande de faire un commentaire sur un fait qui n’a pas encore dit son dernier mot. Rendre compte d’une réalité multiforme, c’est cette exigence que l’opinion nous impose.

La conscience est le seul filtre capable de trier ce que le journaliste a vu et compris de ce qu’il dispense à ses lecteurs. Il doit s’interroger en permanence, se méfier de lui-même, d’où la nécessité de prendre du recul, d’échapper aux différentes influences. Il doit être en marge de la foule pour mieux l’observer. Cette mise à l’écart est nécessaire pour avoir un regard serein.

Nous mesurons la lourde responsabilité du journaliste et le rôle central qu’il occupe au sein de la société. Sans la liberté des médias, les autres libertés sont illusoires. C’est pourquoi l’opinion doit prendre toute la mesure des difficultés de la mission des journalistes, pour ne pas les exposer à la critique facile. Souvent des personnes mal intentionnées projettent leurs propres fautes, tares, angoisses sur eux. La presse a bon dos et cela fait souvent l’affaire des imposteurs et des calculateurs sans moral. Aidons –la à courir le beau risque de la vérité, il y va de la santé de la démocratie.

 

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard