Les médias font-ils l’élection ?

Poids des sondages et emballement médiatique

Les candidats jouent stratégiquement avec ces propriétés des médias pour rendre plus légitimes leurs propositions ou bien disqualifier les adversaires. Chaque candidat, même les plus jeunes, a un «capital politique» fait de réputation qu’il tient de son passé ou de son appartenance partisane et n’est pas totalement libre de proposer le programme qu’il souhaite. Ainsi, on a vu durant les primaires de la droite et du centre qu’un large consensus existait autour d’un programme économique libéral et d’un programme fortement sécuritaire. Mais on a vu aussi comment la critique de Nicolas Sarkozy à l’égard de «l’alternance molle» d’Alain Juppé a permis au troisième candidat, François Fillon, d’émerger et d’écraser finalement ses concurrents.

Le poids des sondages diffusés par les médias s’est ici avéré décisif en avalisant une poussée irrésistible des intentions de vote redoublant l’emballement médiatique. On voit ici que la question du poids des sondages est avant tout la question de leur diffusion médiatique.

La phase des primaires passées, on a été submergé par le feuilleton du Pénélopegate qui a mis à mal le profil public du vainqueur de la primaire de la droite pris dans la contradiction entre son image de probité revendiquée comme irréprochable et de la réalité d’une situation moralement inacceptable. On a pu évoquer à ce sujet l’existence d’un authentique «tribunal médiatique» faisant fi de la présomption d’innocence pour mettre en danger de non-qualification au deuxième tour de l’élection présidentielle le candidat présumé fautif.

Mais l’un des paradoxes de cette campagne réside dans l’impact très inégal de la révélation médiatique des emplois fictifs de Marine Le Pen au Parlement européen comparé à ceux présumés de la famille Fillon. Cet exemple montre bien que le poids des médias n’est pas homogène lorsque change l’identité partisane du protagoniste central.

L’heure du débat

Le débat télévisé programmé le 20 mars entre les cinq principaux candidats (Mélenchon, Hamon, Macron, Fillon et Le Pen) va donner lieu à un déchaînement d’annonces et de commentaires médiatiques où l’idée de la toute-puissance des médias aura sans doute la part belle. Il est vrai que dans une conjoncture électorale particulièrement fluide, le débat peut jouer un rôle non négligeable si l’un des candidats fait une gaffe ou adopte une conduite inadaptée.

Mais tout porte à penser que la prudence aidant, les candidats en position de se qualifier ne prendront que peu de risque, contrairement à ceux qui ont besoin de «renverser la table» pour avoir une chance de participer au second tour. Certes, la tripartition de l’espace politique ne sera pas favorable à Marine Le Pen qui sera isolée et devra faire face aux attaques cumulées des quatre autres candidats, mais qui sera toutefois protégée d’une trop grande agressivité par son «genre féminin».

Certes, Emmanuel Macron, favori des sondages d’intention de vote, sera sans doute la cible commune de quatre adversaires qui auront des raisons différentes de former une coalition objective d’intérêts stratégiques. Certes, F. Fillon cherchera à montrer que son programme mérite de le qualifier pour le second tour. Quant aux deux autres candidats, ils auront, de plus, fort à faire pour marquer leurs différences et la singularité de leur offre électorale.

Visibilité différentielle

On connaît bien la distribution des préférences médiatiques des citoyens et on sait aussi qu’ils ont tendance à penser que l’influence des médias ne jouera que sur «les autres»: c’est ce qu’on appelle «l’effet troisième personne». Il n’en demeure pas moins que le commentaire médiatique a posteriori d’un débat télévisé peut s’avérer déterminant pour la reconnaissance d’un vainqueur, comme l’a montré le cas Fillon en novembre 2016. Ce qui est en cause ici, c’est la circularité de l’information pour parler comme Pierre Bourdieu qui fustigeait l’imitation des médias dans la reproduction de leurs commentaires.

Au fond, une campagne électorale se joue principalement dans les médias et les quelques conduites de participation spontanée – assistance aux meetings, collage d’affiches, diffusion de tracts, porte-à-porte, etc. – reste l’apanage d’une toute petite quantité de citoyens ou militants. Certes, la participation en ligne (sur Facebook, Twitter ou YouTube) se développe rapidement mais n’implique que très faiblement ceux qui cliquent et s’en tiennent là pour exprimer leurs opinions. On peut même craindre qu’elle n’enferme les convaincus dans un comportement de consolidation continue de leurs convictions – ce qui à terme conduirait à une menace authentique pour le dialogue démocratique.

Au total, les effets les plus puissants des médias résident dans leur capacité à conférer une visibilité différentielle, un cadrage (une interprétation) discriminant et à orienter l’attention publique sur des objets préférentiels.

Il ne faudrait, cependant, pas oublier que les médias sont insérés dans des mondes sociaux auxquels leurs consommateurs appartiennent aussi et de cette expérience ils tirent des attitudes politiques parfois persistantes.

 

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

 

Présidentielles 2017 : la confiance dans les médias traditionnels s’efface au profit du web

 

À l’approche des élections présidentielles 2017, il est indéniable que le digital va jouer un rôle majeur dans le choix de notre nouveau/nouvelle président(e). À quelques semaines du début du scrutin du premier tour, nous vous plongeons dans l’ambiance à la sauce digitale afin de mieux comprendre les enjeux digitaux de cette nouvelle élection.

Evolution des mœurs : 2017, l’année du digital en politique.

Cette année le digital n’a jamais été aussi présent dans le quotidien des Français. D’après le dernier baromètre 2017 de l’agence WE ARE SOCIAL 87% d’entre eux utilisent internet quotidiennement pour plus de 6 heures par jour. 31% du trafic web est réalisé sur mobile et tablette. Nous sommes 36 millions à disposer d’un compte sur un réseau social avec 56% d’utilisateurs actifs. Facebook et Youtube sont les médias les plus plébiscités, 67% des Français y sont actifs, suivi de Messenger et Twitter avec respectivement 35 et 24% de la population. Ces résultats démontrent une évolution du rapport avec internet, un phénomène qui ne touche pas seulement les jeunes comme certains peuvent le croire. Seuls 6% des utilisateurs de Facebook n’ont pas l’âge requis pour voter, 37% ont entre 18 et 34 ans, 34% entre 35 et 54 ans et 15% ont 55 ans et plus.

Internet deuxième source d’information.

1 français sur 4 s’informe sur internet (25%), c’est le constat fait par le baromètre annuel « La Croix » Kantar Sofres et Kantar Média de février 2017, soit la deuxième source d’information derrière la télévision. Quant à la question des formes de médias privilégiés sur le web, 37% n’ont pas répondu, dans le reste des réponses arrivent en tête avec 28% les sites de la presse écrite, 19% les réseaux sociaux et 8% d’autres sites. 73% des personnes interrogées remettent en cause la fiabilité de l’information circulant sur les réseaux sociaux et 83% disent avoir recensé des fausses informations ou rumeurs. Le peu de crédit accordé pourrait bien changer dans les prochaines semaines et on vous explique pourquoi.

Populisme contre médias.

Un autre rapport ressort de cette même étude : la crédibilité des médias est clairement remise en cause. La presse écrite et la télévision perdent 9 et 7 points, internet 5 points et les radios 3 points qui restent le média le plus fiable. 67% pensent que les journalistes ne sont pas indépendants et subissent la pression des politiciens, 58% la pression de l’argent. En résumé l’intégrité même de la profession journalistique est remise en cause. Un constat alarmant qui fait suite à des discours politiques douteux qui incitent à se méfier des médias. Le premier à avoir donné l’exemple était Donald Trump durant les élections incitant le peuple américain à aller chercher l’information sur d’autres sources que les médias traditionnels. Depuis, des candidats aux élections présidentielles française de 2017 ont engagé ce combat dans le populisme incitant à la défiance vis-à-vis de la bulle médiatique et des journalistes.

La dangerosité de ce type de comportement vise à affaiblir le débat politique français et par la même occasion va placer au même niveau de fiabilité une information d’un journaliste et une information lambda trouvée sur le web. Selon une étude réalisée par Médiamétrie en mars 2016, 88% des Français qui s’informent sur les réseaux sociaux citaient comme première source d’information les contenus partagés par leurs proches.

Le rôle des médias dans les élections présidentielles.

Les recherches menées par Kantar Média et Kantar Sofres démontrent tout de même que 73 % des Français attribuent un rôle important aux médias d’information dans les élections présidentielles s’ils distillent une information vérifiée. Reconnu aujourd’hui comme une source d’information prioritaire, les supports digitaux joueront un rôle important dans les prochaines élections. Certains candidats l’ont déjà bien compris et en apprennent les codes mêmes les plus sombres pour influer sur l’électorat.

 Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

 

France: la loi sur la protection des sources des journalistes critiquée

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Le Parlement français a adopté définitivement ce jeudi 6 octobre 2016 une proposition de loi sur l'indépendance et le pluralisme des médias. Si le texte vise notamment à une meilleure protection des sources des journalistes, il ne satisfait pas les représentants de la presse française.

C'était l'une des promesses du candidat Hollande : garantir aux journalistes la protection du secret des sources. C'est fait. La nouvelle loi a été adoptée définitivement ce jeudi au Parlement. En apparence, elle se veut très protectrice pour les journalistes. Le texte précise ainsi que tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de divulguer ses sources et de signer un article ou une émission dont la forme ou le contenu auraient été modifiés contre sa volonté.

Modifiant la loi de 1881 sur la presse et la loi Dati de juillet 2010, la nouvelle réglementation étend aussi la protection du secret des sources à tous les collaborateurs de la rédaction.

Mais le diable se cache toujours dans les détails. Le texte indique notamment qu'il ne peut être porté atteinte au secret des sources qu'à titre exceptionnel, par exemple pour un délit puni d'au moins sept ans d'emprisonnement. « Ça va donner lieu à des interprétations par les magistrats instructeurs qui risquent de fragiliser la jurisprudence péniblement établie après la loi de 2010. On est donc repartis pour une période d’incertitude, déplore Pierre-Antoine Souchard, président de l’association de la presse judiciaire. On n’est vraiment pas satisfaits de ce texte. Je ne suis pas certain qu’il protège le secret des sources comme le proclame la ministre de la Culture. »

Opposés à la loi qui apporte à leurs yeux de nouvelles contraintes, les députés Les Républicains devraient dans les prochains jours déposer un recours devant le Conseil constitutionnel.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

 

L’impact des réseaux sociaux sur le métier de journaliste

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54% des journalistes français « ne pourraient plus se passer des réseaux sociaux pour exercer leur métier » et 65% d’entre eux considèrent que les réseaux sociaux ont changé leur métier. Mais l’impact n’est pas forcément positif : 89% d’entre eux considèrent que les réseaux sociaux encouragent les journalistes à se concentrer sur la rapidité au détriment de l’analyse.

 

coj

 

Les journalistes français sont particulièrement critiques quant à l’influence des réseaux sociaux sur les transformations de leur métier. Seuls 31% estiment qu’ils ont eu un impact positif sur le journalisme ; 62% pensent qu’ils dégradent les valeurs traditionnelles du journalisme. Si l’impact des réseaux sociaux n’est plus à démontré, ils n’ont pas totalement bouleversé les relations entre les journalistes et les RP. Ils communiquent encore beaucoup par email ou par téléphone, voire par courrier. Leur importance a néanmoins diminué pour 37% des journalistes français, qui considèrent que leur dépendance aux attachés de presse est moindre grâce aux réseaux sociaux.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard 

Le Conseil de l’Ordre des Journalistes France vous souhaite une bonne année 2017

coj


Le COJF vous souhaite à vous et vos proches une très belle année 2017, une année de combat, mais aussi de tolérance et de fraternité, il y en aura besoin dans le contexte électoral incertain qui s'annonce. L’actualité de la profession, la liberté d'informer, sans cesse menacée, doit être défendue avec force

"La France est attachée profondément à la liberté de la presse, et donc à l’indépendance des médias, dans un monde."

 Plus que jamais, notre COJF, qui célébrera en 2017 ses 8 ans d'existence, est mobilisé pour promouvoir l'indépendance des médias, le pluralisme des opinions, et une charte d'éthique commune à toute la profession, afin de garantir le droit du public à une information de qualité, complète, et libérée de tous les pouvoirs.

Je remercie l’entourage des collaborateurs les plus proches, celles d’abord qui sont demeurées auprès de moi et auxquelles j’exprime une particulière reconnaissance, celles et ceux qui sont arrivés, les autres aussi qui ont fait le choix personnel de se tourner vers d’autres activités.

Vous pouvez en être sûrs, je vous écoute, je vous comprends, je vous respecte, professionnels de grande qualité dans votre diversité qui faites face à tant de difficultés mais parvenez aussi à tant de réussites, journalistes dont la liberté d’appréciation est si précieuse.

Je vous souhaite chaleureusement le meilleur de ce que la vie en cette année peut vous permettre de découvrir, de partager et d’accomplir.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard