Peut-on parler encore d’autocensure?

 Y-a-t-il des sujets sensibles que les journalistes hésitent à traiter ?

Je dis toujours, si voyez l’autocensure, cherchez la censure. Quelque part il y a toujours un censeur invisible qui va établir sa règle et l’autocensure est toujours derrière cela. L’autocensure se développe toujours comme un réflexe de prévention de la censure

 La censure est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d'expression de chacun. Elle passe par l'examen du détenteur d'un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d'informations, pièces de théâtre et films, etc.  et ce  avant d'en permettre la diffusion au public. Par extension, la censure désigne différentes formes d'atteintes à la liberté d'expression, avant et/ou après leur diffusion (censure a priori et a posteriori). On distingue la censure politique (limitation par le gouvernement de la liberté d'expression) de la censure indirecte, non officielle, mais sous forme de pression, en particulier une forme de censure économique (due notamment à la concentration des médias, etc.) ; on peut aussi ajouter les phénomènes d'autocensure. La censure peut aussi être institutionnelle ou sociale par la privation de l'information disponible à des particuliers ou à un groupe....

Il est bon de rappeler que la liberté d'expression reste fragile d'autant que la concentration des médias évolue à grande échelle et les moyens technologiques également. Les dirigeants d'Etats, les rédacteurs en et indirectement les journalistes devraient, de temps en temps, se souvenir de cette définition pour proposer des informations moins lissées et formatées et plus ouvertes sur le monde.

L'arrivée des blogs indépendants et réseaux sociaux a donné un petit coup de pieds à cette grande fourmilière que sont les médias de concentration. Mais cela durera-t-il? Car le tout payant pointe son nez et les opérateurs, dans le cas de crises par exemple, n'hésitent pas à couper des liaisons satellites et internet.

Les téléphones sont devenus des tablettes d'écolier à fort contenu là où l'on oubli peut-être, au préalable, que l'éducation au média est une nécessité pour un bon fonctionnement de la démocratie et de la liberté d'expression.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

UNE PRIORITE : LA DEONTOLOGIE D'AUJOURD'HUI

Le terme « déontologie » est un ensemble de règles qui régissent la conduite du journaliste vis-à-vis du public, de ses confrères ou de la société.

Si les professions journalistiques, et notamment les journalistes, dont l’exercice professionnel se fonde sur l’existence de codes de déontologie, l’incarnent mieux que quiconque, la déontologie s’impose aujourd’hui à l’ensemble du corps social, transcendant la diversité des problématiques professionnelles. En cela, elle constitue un enjeu majeur pour notre société. C’est pourquoi, le Conseil de l’Ordre des journaliste, acteur à part entière de la déontologie journalistique, a souhaité réunir des témoins et des experts de cet ancrage sociétal de la déontologie, afin que chacune des parties représentées apporte un éclairage particulier sur les implications que recouvre aujourd’hui la déontologie dans les exercices professionnels.

Ecrite et codifiée, la déontologie journalistique est aussi la plus aboutie. En effet, les codes de déontologie des professions journalistiques constituent des guides de bonnes pratiques, lesquelles s’imposent aux professionnels dans leur exercice quotidien. Obéissant aux principes du droit, ils sont également associés au fondement de certaines décisions juridiques.

Longtemps circonscrite au seul exercice journalistique, la déontologie est aujourd’hui une caractéristique de l’ensemble des professions. Elle édicte, au même titre que la déontologie journalistique, règles et normes qui régissent les exercices professionnels de chacune de ces professions.

Ce mouvement d’affirmation de la déontologie s’est poursuivi ces dernières années, s’imposant, peu à peu, à l’ensemble du public.. C’est en ce sens que la société française est aujourd’hui marquée par le développement d’un engagement éthique, répondant à une forte demande sociale. Pour preuve : l’apparition depuis quelques années des déontologes dans les sphères de décision des grandes entreprises ou encore celle des médiateurs dans les médias, radio, télévision, internet, presse écrite affirment désormais cette’éthique dans les exercices professionnels.

 

Sans prendre part à des querelles sémantiques, autorisées par la richesse et la complexité de la langue française, cette démarche éthique dans laquelle s’engage l’ensemble de la société française, quelles que soient les problématiques professionnelles, est sans aucun doute un premier pas dans l’affirmation de la déontologie au sein du public car maintenant le terme « déontologie » est un ensemble de règles qui régissent la conduite du journaliste vis-à-vis du public, de ses confrères ou de la société.

 

Aussi on peut considérer que le Code de déontologie est d’abord un guide de bonnes pratiques qui permet de montrer le droit chemin. Cette dernière a pour objectif de mettre au service de l’intérêt du public une bonne information telle que celle que promeut la charte unique nationale du conseil de l’Ordre des Journalistes.

On pourrait poursuivre cette énumération mais il est préférable de clore cette introduction en soulignant ses aspects positifs que toute diffusion permettra un meilleur respect de ces principes.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

 

 

Quatrième Pouvoir : les Médias ?

Il faut rapprocher son utilisation aux trois autres pouvoirs : le pouvoir Législatif (pouvoir de voter les lois) Exécutif (pouvoir de faire exécuter les lois) et pouvoir judiciaire (pouvoir de rendre et d'appliquer la Justice). C'est la séparation des pouvoirs, mise en évidence par Montesquieu et mise en pratique dans les régimes parlementaires. Les Médias auraient donc une influence assez importante pour être considérée comme l'un de ces pouvoirs associés à l'Etat. On notera également l'utilisation du terme cinquième pouvoir, censé être  à l'Opinion publique et fonctionnant donc de pair avec les Médias.

Les Médias seraient donc ceux qui dirigent et orientent l'Opinion Publique, elle-même garante des institutions et des valeurs de l'Etat, à travers le vote.

On peut constater cependant que les Médias ne sont pas les seuls garants, les seuls responsables de l'opinion des électeurs, leur pouvoir est celui de l'information, ils apportent des critiques, mettent en évidence certaines injustices.

---

A travers les sondages et les enquêtes, les médias tentent de dresser des tendances de l'Opinion. 

Les opinions des citoyens sont incarnées dans les valeurs et les points de vue des différents partis. L'influence des Média est assez importante puisqu'ils commentent et orientent.

Mais les Médias ne sont pas des institutions, ils restent en général des organismes privés. Ils ne possèdent pas de pouvoir direct et concret par rapport à l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Ils ne sont pas les garants de la constitution, de la république ou de la démocratie. Bien qu'ils soient plus ou moins indispensables dans le respect des libertés individuelles et collectives, de la liberté d'expression, d'opinion etc...

Les médias en tant qu'informateurs et non pas en tant qu’initiateurs, restent limités par leur diversité : il existe différents types de Médias, différents médias et non un seul organe au système unique qui concentrerait tout le pouvoir des médias. Les Médias représentent différents points de vue sur l'actualité et sur le monde, ils ne sont pas une autorité reconnue : ils sont un choix de vision.

Le quatrième pouvoir correspond à une vision particulière, en tant que point de vue et élément d'analyse. C’est une vision, d'ou la nécessité d'en débattre.

Les Médias complètent la liberté d'expression et la démocratie, bien que des dérives puissent exister.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

LA DISPARITION DE LA VOIX DES « SANS VOIX »

Contre les abus des pouvoirs, la presse et les médias ont été, pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens. En effet, les trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire - peuvent faillir, se méprendre et commettre des erreurs. Beaucoup plus fréquemment, bien sûr, dans les Etats autoritaires et dictatoriaux, où le pouvoir politique demeure le responsable central de toutes les violations des droits humains et de toutes les censures contre les libertés.

 

Mais, dans les pays démocratiques aussi, de graves abus peuvent être commis, bien que les lois soient votées démocratiquement, que les gouvernements résultent du suffrage universel, et que la justice - en théorie - soit indépendante de l’exécutif. Par exemple, il arrive que celle-ci condamne un innocent; que le Parlement vote des lois discriminatoires à l’égard de certaines catégories de la population.

Dans un tel contexte démocratique, les journalistes et les médias ont souvent considéré comme un devoir majeur de dénoncer ces violations des droits. C’est pour cette raison que l’on a longtemps parlé du « quatrième pouvoir ». Ce « quatrième pouvoir » était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer, démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même criminelles, contre des personnes innocentes. C’était, on l’a souvent dit, la voix des sans-voix.

Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce «  quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme de la spéculation. En cette phase de la mondialisation, nous assistons à un brutal affrontement entre le marché et l’Etat, le secteur privé et les services publics, l’individu et la société, l’intime et le collectif, l’égoïsme et la solidarité.

Le pouvoir véritable est désormais détenu par un faisceau de groupes économiques planétaires et d’entreprises globales dont le poids dans les affaires du monde apparaît parfois plus important que celui des gouvernements et des Etats. Ce sont eux les « nouveaux maîtres du monde »

Les moyens de communication de masse (stations de radio, presse écrite, chaînes de télévision, Internet) se regroupent de plus en plus au sein d’architectures foisonnantes pour constituer désormais de nouvelles possibilités d’expansion en raison des bouleversements technologiques. La « révolution numérique » a brisé les frontières qui séparaient auparavant les trois formes traditionnelles de la communication : son, écrit, image. Elle a permis l’apparition et l’essor d’Internet, qui représente un quatrième mode de communiquer, une nouvelle façon de s’exprimer, de s’informer, de se distraire en favorisant le développement de groupes médiatiques à vocation mondiale.

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard

 

La presse est-elle un contre-pouvoir ?

Lorsque l’on définit le journalisme comme étant le « quatrième pouvoir » c’est en opposition aux trois autres : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Cette appellation a encore cours aujourd’hui mais la nature de ce pouvoir reste floue. Il faut définir ce « quatrième pouvoir » et ce qu’il représente ainsi que le rôle que peut jouer la presse. Ces trois termes correspondent à trois étapes du changement de la tâche du journalisme. Il explique cette évolution de la presse en lien avec les modifications qui ont eu lieu dans les sociétés démocratiques.

 

Ce terme de « quatrième pouvoir » semble supposer que le journaliste dispose des mêmes possibilités que les trois autres. Pourtant la première particularité de ce « quatrième pouvoir » est qu’il ne ressemble en rien aux trois autres. Il est sans consistance institutionnelle par rapport aux autres. Il est issu d’une multiplicité d’agents qui ne partagent pas tous le même point de vue sur leur profession. La presse appartient au secteur privé dont les intérêts économiques occupent une place prédominante. De plus, ce pouvoir ne dispose pas d’un réel pouvoir de contrainte. Il peut contribuer à un partage d’opinions mais ce sera toujours aux lecteurs de décider d’agir. La démocratie moderne est caractérisée par le système représentatif. Comme l’indique l’origine de son nom, la démocratie est le pouvoir du peuple. Etant dans des sociétés qui ne peuvent plus fonctionner sur le mode athénien, les démocraties modernes ont mis en place une représentation des citoyens.

Toutefois, comme beaucoup l’ont montré, ce système représentatif n’est pas sans faille. Ainsi « le journalisme est consubstantiel à la politique moderne conçue comme émanation de la société ». C’est parce que la démocratie moderne nécessite la représentation, qu’elle va également avoir besoin d’un système de contre-pouvoir. Le journalisme produit « les conditions d’un compétition loyale pour le pouvoir, de l’extérieur du jeu ». Ne possédant pas les mêmes moyens ou n’ayant pas d’appui constitutionnel, le journalisme ne peut pas affirmer être sur un pied d’égalité avec les autres pouvoirs, il est à part.

C’est parce qu’il est différent que le journalisme va pouvoir arbitrer le jeu avec les trois autres pouvoirs «  il ne s’y ajoute pas ; il constitue leur vis-à vis. Il permet le bon fonctionnement des sociétés démocratiques en créant le débat nécessaire à ce système. Sans lui, il y a un risque de dégénération des trois pouvoirs. S’il était identique aux autres, le journalisme serait inutile puisqu’il serait à l’intérieur et ne disposerait pas d’un point de vue extérieur. Le journalisme a pour rôle d’encadrer l’exercice du pouvoir.

L’évolution du journalisme suit l’évolution des sociétés démocratiques. Le développement des médias de masse, en particulier la télévision, a modifié le rôle du journalisme. Les données économiques en prenant de plus en plus d’importance, ont contribué à l’édification de l’opinion comme unique source de légitimité pour les médias «  Les médias portent l’opinion, ils l’alimentent, la répercutent, ils la mettent en scène ; ils sont à son service »

La place de l’opinion prend une telle importance qu’elle va modifier le rôle même du journalisme « Le journalisme, dans ce dispositif, est clairement le contre-pouvoir ou, plus exactement, l’organe grâce auquel existe et fonctionne le contre-pouvoir par excellence, à savoir le contrôle de l’opinion »

Le journalisme adopte un nouveau statut dans la société. Il devient le biais par lequel le pouvoir doit passer s’il veut se faire entendre et n’est plus seulement la voie du contre-pouvoir. Le politique utilise les médias s’il veut toucher l’opinion. « Cela veut dire qu’il est obligé d’ajuster son discours aux règles de l’information, quitte à essayer de les détourner à son profit. Le politique est contraint de se soumettre aux règles des médias et au contrôle de l’opinion, ce qui modifie son action. »

Ecrit par : G. Vialy et J. Bayard