La séparation des pouvoirs en France

 

La séparation des pouvoirs en France vise à répartir les différentes prérogatives de l’État entre plusieurs organes indépendants. On distingue trois fonctions principales : le pouvoir législatif (faire les lois), le pouvoir exécutif (appliquer les lois) et le pouvoir judiciaire (interpréter et appliquer les lois).

En droit constitutionnel, la théorie de la séparation des pouvoirs est fondamentale (tout comme celle de la hiérarchie des normes). C’est d’ailleurs fréquemment un sujet de dissertation en droit constitutionnel.

Grâce à cet article, vous allez sa voir ce qu’est la théorie de la séparation des pouvoirs, quelle sa place dans notre système juridique et en quoi elle est aujourd’hui remise en cause.

La théorie de la séparation des pouvoirs

Les auteurs à l’origine de la séparation des pouvoirs

La théorie de la séparation des pouvoirs a été élaborée principalement à partir des écrits de 2 auteurs :

  • de l’anglais John Locke dans son ouvrage « Essai sur le Gouvernement civil » (1690)
  • et du français Montesquieu dans son ouvrage « De l’esprit des lois » (1748)

Conseil : dans une dissertation sur la séparation des pouvoirs, vous devez mentionner ces éléments dans l’introduction. C’est incontournable !

Les 3 pouvoirs

Selon cette théorie de la séparation des pouvoirs, au sein d’un Etat, il y a 3 pouvoirs en France :

  • Tout d’abord, le pouvoir législatif (le pouvoir de faire la loi, le pouvoir de « légiférer ») : c’est le pouvoir d’adopter des règles de portée générale qui s’appliquent à tous.
  • Ensuite, le pouvoir exécutif (le pouvoir d’appliquer la loi) : Concrètement, c’est le pouvoir d’appliquer le droit au moyen de décrets, arrêtés (appliquer les lois votées par le pouvoir législatif)
  • Enfin, le pouvoir judiciaire (le pouvoir de trancher les litiges).

Selon cette théorie, une seule et même personne ne peut pas détenir tous ces pouvoirs. Chacun de ces pouvoirs doit être attribué à des organes différents et indépendants.  

Cette théorie cherche à éviter la tyrannie et à combattre les abus de pouvoir. En effet, tout homme qui a du pouvoir est tenté d’en abuser. 

C’est ce qu’il s’est notamment produit au cours des épisodes de monarchie absolue, où un roi avait tous les pouvoirs.

Montesquieu : “Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.”

La répartition des pouvoirs

C’est pourquoi il fallait lutter contre cette vision des choses. Ainsi, selon la théorie de la séparation des pouvoirs, des organes différents doivent être à la tête de ces pouvoirs.

  • Tout d’abord, le pouvoir législatif (le pouvoir de faire la loi) doit être attribué à des assemblées représentatives (Parlement)
  • Ensuite, le pouvoir exécutif (le pouvoir d’exécuter les règles générales) doit être confié au chef d’Etat, au chef du gouvernement voire aux ministres (= les membres du Gouvernement)
  • Enfin, le pouvoir judiciaire doit être donné aux juges.  

Selon la théorie classique, ces différents organes doivent être indépendants les uns des autres. Aucun pouvoir ne doit pouvoir empiéter sur l’autre. 

Cette théorie est si importante qu’elle est envisagée à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (qui, rappelons-le, a valeur constitutionnelle).

Article 16 de la DDHC : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »

La remise en cause de la théorie classique

La théorie de la séparation des pouvoirs a cependant été fortement remise en cause.  

Conseil : dans une dissertation sur la séparation des pouvoirs, la question de la remise en cause de cette théorie devra certainement être abordée. Vous pourrez ainsi montrer que c’est un mécanisme qui a évolué au fil du temps.

En premier lieu, on s’est rendu compte que, dans chaque régime politique, chaque organe n’avait pas une fonction si bien définie.  

Dans l’esprit de la théorie classique, le pouvoir exécutif ne doit que prendre des mesures d’exécution de la loi ; il ne peut pas prendre des règles de portée générale. 

Or, en France, par exemple, le Gouvernement (qui représente le pouvoir exécutif) fait plus qu’appliquer la loi.

Le Premier Ministre détient en effet un pouvoir réglementaire qui lui permet de prendre des décisions de portée générale, comme les décrets d’application générale (les décrets autonomes). Ce sont les règlements adoptés sur le fondement de l‘article 37 de la Constitution. 

Article 37 de la Constitution : “Les matières autres que celles qui sont du domaine de la loi ont un caractère réglementaire

De plus, il peut en outre se voir déléguer le pouvoir législatif, comme le démontre la pratique des ordonnances sous la Ve République. 

A noter : en France, le pouvoir exécutif peut aussi déposer des projets de loi qui seront par la suite étudiés par le Parlement.

En outre, la théorie de la séparation des pouvoirs a fortement inspiré ceux qui ont rédigé la Constitution américaine en 1787. 

En effet, la Constitution américaine de 1787 a prévu un régime présidentiel avec une séparation assez stricte des pouvoirs.

Mais cette séparation stricte des pouvoirs est tempérée par des moyens de contrôle et d’action réciproques entre les pouvoirs. C’est la théorie des des checks and balances (freins et contrepoids). 

Par exemple, aux Etats-Unis, le président peut opposer son droit de veto aux lois adoptées par le Congrès. Le président peut ainsi empêcher l’action du pouvoir législatif. 

A l’inverse, le Sénat américain peut bloquer le pouvoir de nomination de certains hauts fonctionnaires qui appartient à l’exécutif.

Une collaboration des pouvoirs ?

La théorie classique a rarement été appliqué à la lettre au cours des différents régimes démocratiques.

Une séparation trop stricte des pouvoirs a pu par exemple aboutir à la paralysie des Institutions sous le Directoire (1795-1799). A l’époque, le conflit entre le législatif et l’exécutif s’était terminé par un coup d’Etat, en 1799, par Napoléon Ier. 

C’est pourquoi aujourd’hui, on préfère parler de principe de collaboration des pouvoirs. Certes, à la base, il y a toujours cette distinction entre législatif, exécutif et judiciaire.

Ecrit par : J. Bayard

 

Relations entre journalistes et politiques : "Nous avons perduré dans un entre-soi qui s'est même accentué sous la Ve République"

 

L'Elysée a provoqué une levée de boucliers après avoir tenté de choisir les journalistes qui suivront les déplacements d'Emmanuel Macron. Franceinfo revient sur les relations entre le pouvoir et la presse en interrogeant l'historien Alexis Lévrier.

Après le tollé, bientôt l'apaisement ? "Les journalistes qui se sont inquiétés peuvent se rassurer : l'Elysée n'entend pas faire le travail des rédactions", a écrit l'Elysée dans un courrier adressé à Reporters sans frontières (RSF), vendredi 19 mai. La veille, 25 rédactions, dont franceinfo, ont bondi après avoir appris que l'Elysée comptait choisir les journalistes qui couvriront les déplacements d'Emmanuel Macron.

"L’idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d’avoir un regard sur la présidence, au lieu de s’enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques", s'est justifié l'Elysée. Pour mieux comprendre cette polémique, franceinfo a interrogé Alexis Lévrier, historien de la presse et des médias, auteur de Le Contact et la distance (éd. Les Petits Matins).

Franceinfo : Que pensez-vous de la fronde de la presse dans cette affaire ?

Alexis Lévrier : La presse est tout à fait dans son rôle en refusant que l'Elysée choisisse les journalistes lors des déplacements d'Emmanuel Macron. Je comprends la tentative de verrouillage de la communication voulue par l'Elysée pour redonner de la solennité à la fonction présidentielle, mais Emmanuel Macron franchit une sorte de Rubicon en tentant de choisir ses propres journalistes, en essayant de limiter la liberté d'information. C'est d'autant plus décevant que pendant la campagne, il était l'un des rares candidats à ne pas attaquer systématiquement la presse. On avait le sentiment qu'il la respectait, même lorsqu'elle l'attaquait.

Emmanuel Macron veut raréfier la parole du président de la République. Choisir les journalistes pour les déplacements présidentiels va peut-être dans ce sens...

Je comprends son besoin de trancher après les excès des deux précédents quinquennats. Nicolas Sarkozy était l'hyper-président, il occupait le devant de la scène. Il a aussi exhibé ses relations avec les grands médias et les patrons de presse. Chez François Hollande, c'était une autre dérive : il ne s'est pas rendu compte qu'en gardant le même numéro de téléphone, qu'en conservant les mêmes amitiés, qu'en répondant n'importe quand aux questions des journalistes, il n'allait jamais habiter la fonction de président.

Emmanuel Macron veut retrouver l'esprit de la Ve République, comme l'ont fait François Mitterrand et Jacques Chirac : raréfier la parole présidentielle pour qu'elle marque davantage, pour la rendre plus forte. On peut critiquer cette monarchie présidentielle mais je pense que les Français y restent attachés. Mais si on commence à choisir ses journalistes, ses interlocuteurs, on tombe dans des pratiques vraiment monarchiques que je trouve dangereuses.

L'Elysée a expliqué défendre "une démarche d'ouverture" en ne sollicitant pas forcément des journalistes politiques. N'est-ce pas une bonne chose ?

Eviter un entre-soi avec les journalistes politiques et le pouvoir, d'accord. Mais choisir ses journalistes, c'est déplacer le problème. Nous allons nous retrouver avec des journalistes spécialisés qui seront, eux aussi, dans un journalisme de cour.

Ce "journalisme de cour" est-il une spécificité française ?

J'ai comparé les modèles anglo-saxons et français, de la fin du XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui. Dans une culture du journalisme politique née en Angleterre, qui s'est ensuite propagée aux Etats-Unis, il y a eu une séparation entre pouvoirs politique et médiatique. Nous, en France, nous avons perduré dans un entre-soi qui s'est prolongé bien après la Révolution, et qui s'est même accentué sous la Ve République.

Je me souviens de la polémique qu'il y avait eue entre Nicolas Domenach [journaliste à RTL] et "Quotidien" [l'émission de Yann Barthès sur TMC]. C'était survenu lors d'un voyage en Afrique [en Côte-d'Ivoire en novembre 2016]. On s'apercevait que Nicolas Domenach voyageait aux frais de Manuel Valls [alors Premier ministre], et donc aux frais de l'Etat. Les images étaient terribles pour lui, on le voyait en train de manger des petits fours. Cela donnait l'image d'un journalisme complaisant voire connivent.

Il y avait tout le menu fretin, la masse des journalistes qui voyageaient aux frais de leur rédaction, dans des conditions normales, et des journalistes triés sur le volet, privilégiés et qui, évidemment, volontairement ou non, faisaient un journalisme de cour. J'ai trouvé cela bien qu'on le voie car pendant longtemps cela a été la règle, les journalistes politiques choisis par le pouvoir. C'est l'école de Franz-Olivier Giesbert, des journalistes capables de passer des vacances avec des hommes politiques, qui étaient dans une connivence revendiquée.

"Moi, je baise avec le pouvoir", a déclaré Franz-Olivier Giesbert...

Etienne Gernelle, successeur de Franz-Olivier Giesbert à la tête du magazine Le Point, défend cette méthode. Il estime que c'est un moyen d'obtenir des informations, que cela ne nuit pas à la liberté du journaliste et même que cela créé les moyens de cette liberté car il n'y a pas de liberté sans informations.

Je respecte cette thèse. Je pense que la connivence avec le pouvoir peut être un moyen d'obtenir des informations, certes. Mais le risque c'est d'être manipulé par ce pouvoir. Donc, que l'on aille désormais en France vers un modèle à l'anglo-saxonne, où l'on met des limites entre le pouvoir politique et médiatique, où les journalistes voyagent à leurs frais sans être choisis par le pouvoir, cela me paraît très sain.

La bienveillance voire la connivence de la presse française avec le pouvoir a déjà été épinglée par la presse internationale. En 2014, la presse a peu interrogé François Hollande sur l'affaire Julie Gayet alors qu'il avait tenu une longue conférence de presse.

Nous ne sommes pas le seul pays où l'on trouve des journalistes connivents et tous les journalistes français ne sont pas connivents. Il ne faut pas céder à la tentation du "tous pourris". Nous avons peut-être une tolérance avec cette pratique car nous avons une culture monarchique qui est durablement ancrée mais il y a également une question de formation.

Les élites médiatiques et politiques sont formées ensemble. Des journalistes ont connu d'actuels dirigeants alors qu'ils étaient étudiants. Ces élites apprennent à se connaître, à se fréquenter, d'où le très grand nombre de couples qu'il y a entre journalistes et politiques.

Dans le précédent quinquennat, c'était très impressionnant. Quand François Hollande nomme son premier gouvernement, lui est en couple avec une journaliste [Valérie Trierweiler] et quatre de ses ministres sont avec des journalistes. Cela a sidéré la presse étrangère.

Est-ce que finalement tout cela ne pose pas un problème démocratique ?

Nous avons la presse que nous méritons. Si les Français souhaitent des journaux complètement différents, ils le demanderaient. Il y a une partie du public qui le plébiscite d'où la réussite de Mediapart ou encore d'Arrêt sur images où les gens sont prêts à payer pour une information plus indépendante.

Cela changera vraiment le jour où les citoyens voudront que cela change. Alexis de Tocqueville écrivait que nous avions fait la Révolution pour finalement revenir à un pouvoir personnalisé. Et il concluait que les Français préféraient être égaux sous un maître. Ils préfèrent l'égalité à la liberté.

N'est-ce pas cette proximité entre journalistes et politiques qui alimentent la défiance croissante à l'égard des médias ?

Le "mediabashing" existe depuis l'apparition de la presse, les journalistes sont attaqués, notamment par le pouvoir politique, mais pendant cette dernière campagne présidentielle, nous avons battu tous les records.

La critique des médias est légitime. C'est un ressort de la démocratie. Mais la critique devient tellement systématique que cela devient un ressort du populisme. Les populismes de gauche et de droite se caractérisent par le "tous pourris" et l'idée que les médias et le pouvoir sont ensemble. Il faut souligner la rigueur et l'impartialité de beaucoup de journalistes.

Le moyen de régler cet entre-soi, c'est en changeant les pratiques, la culture et la formation. Sciences Po a très bien fait en s'ouvrant aux zones d'éducation prioritaire et en ouvrant des campus en province. Il faut sortir de ce milieu parisien. Les autres grandes écoles doivent poursuivre dans cette voie et j'espère que nous n'aurons plus cette endogamie mais de l'ouverture vers une mixité sociale, ethnique.

Ecrit par : J. Bayard

 

Les journalistes de demain devront repenser le métier sous un angle déontologique pour produire un travail d’utilité publique voire sociale” - Interview

Souvent décrié, parfois encensé, le métier de journaliste attire pourtant toujours autant. Alors pour tous ceux qui se destinent à cette carrière et qui vont devoir choisir leur filière de formation, cette interview est pour vous ! Découvrez la vision du métier de journaliste, aujourd’hui et demain, de Yannick Pech, co-auteur d’un ouvrage sur les concours des écoles de journalisme.

Co-auteur de l’ouvrage “Concours d’entrée en école de journalisme” réalisé avec Cécile Varin, Yannick Pech est enseignant et consultant en géopolitique et intelligence stratégique. Il est aussi chargé de cours dans une huitaine d’écoles de commerce et de journalisme, doctorant en sciences de l’information et de la communication, et par ailleurs analyste-consultant auprès du ministère de la Défense.

Dans votre ouvrage, vous évoquez les écoles reconnues. Restent-elles le tapis rouge pour accéder à l’emploi selon vous ? Quels sont leurs atouts et leurs inconvénients ?

Les écoles de journalisme reconnues restent la voie royale car elles font l’objet d’une reconnaissance officielle par la profession, et secondairement, pour la plupart elles sont aussi reconnues par l’État. Cela constitue leur premier atout, celui-ci conditionnant en grande partie les autres : rapidité d’obtention de la carte de presse ; « entrées » facilitées pour intégrer les réseaux corporatifs les plus influents/« prestigieux » (presse nationale, médias de référence…) ; meilleure accessibilité aux stages offerts par les grands groupes de presse ; réputation ; moyens mais surtout qualité de la pédagogie. Elles raflent aussi le plus clair des prix décernés par la profession. Dans le même temps, ces mêmes avantages induisent souvent des inconvénients : auto-reproduction d’une élite, vision conformiste du métier, uniformité (voire formatage) des apprenants, possible conservatisme de l’enseignement, aspects commerciaux survalorisés et tropisme marketing… Les concours d’entrée y sont par ailleurs très sélectifs, ce qui est certes signe d’exigence et de qualité, mais aussi d’un certain élitisme, aujourd’hui plus contesté. Au-delà de la question du niveau scolaire exigé des candidats, ces écoles peuvent ne pas correspondre à leurs attentes, voire engendrer de la désillusion.

Vous parlez aussi des écoles de journalisme non reconnues. Pourquoi ne doivent-elles pas être écartées selon vous ? Quels sont leurs atouts et leurs faiblesses d’après vous ?

Ainsi, les écoles non reconnues par la profession, mais pour certaines visées tout de même par l’Etat, forment une alternative intéressante. D’une part, parce qu’elles peuvent davantage correspondre à des étudiants plus indépendants d’esprit, originaux voire marginaux. Ceux-ci seront justement plus susceptibles de s’épanouir dans ces structures moins orthodoxes, et parfois également moins exigeantes. En effet, elles proposent souvent une approche moins conformiste et peuvent ainsi susciter l’envie d’innover et d’entreprendre. D’autre part, les concours exigeants des écoles reconnues peuvent écarter des candidats certes moins « performants », mais dans le même temps moins « scolaires » ; de plus, un étudiant « moyen » peut très bien atteindre au cours ou au terme de sa formation un excellent niveau académique. Le caractère arbitraire d’un concours peut tout à fait entraver voire torpiller une – très forte – vocation. Les écoles non reconnues sont donc plus flexibles quant à leur sélectivité, favorisant une certaine mixité sociale et donnant leur chance à des profils moins standardisés.
Les inconvénients qu’on prête généralement à ces écoles sont connus : réseaux professionnels moins denses et/ou plus locaux ; réputation moindre ou manque de visibilité, voire quasi confidentialité dans le paysage éducatif ; manque de moyens et/ou qualité inférieure de l’enseignement. Ce dernier point est toutefois assez peu fondé : en effet, les équipes pédagogiques peuvent présenter des qualités académiques et professionnelles analogues et il n’est, d’ailleurs, pas rare de retrouver les mêmes intervenants dans les écoles reconnues et celles qui ne le sont pas. En outre, leurs tarifs parfois supérieurs à ceux des écoles reconnues sont souvent gages d’un effort porté sur les équipements matériels (studios, parc informatique, appareils vidéo/photo…). En tout état de cause, qu’il s’agisse de la qualité des enseignements ou du prix des formations, c’est très disparate. Certains étudiants – dont c’était initialement l’objectif ou du fait de circonstances particulières dans le parcours – ont pu d’ailleurs atteindre des postes – dits – prestigieux en sortant d’une école spécialisée mais non reconnue. Il revient donc aux candidats de choisir leur école en connaissance de cause. Ce livre-manuel est à cet égard des plus utile, et par ailleurs le seul à ce jour à évoquer le cas de ces écoles moins reconnues.

Si vous ne deviez donner qu’un seul conseil pour réussir les différents concours, quel serait-il ?

Un concours, quel qu’il soit, repose sur plusieurs facteurs difficiles à maîtriser. Il y a un facteur chance, et évidemment un facteur travail et un autre reposant sur les qualités individuelles. Le conseil le plus important que je pourrais donner serait, d’une part, de bien choisir son école en fonction avant tout de ses attentes et de sa personnalité ; d’autre part, d’être curieux, rigoureux et méthodique dans sa préparation.

Le métier est en profonde mutation : quelles sont ces mutations actuelles et futures selon vous ? Quelles compétences ou savoir-faire les futurs diplômés devront posséder pour espérer faire carrière dans le journalisme ?

La mutation la plus évidente est le tournant numérique qu’opère la profession et qui nécessite une adaptation et de nouvelles compétences. Le métier connaît une certaine hybridation avec des métiers connexes, tels que ceux de la communication.
Les compétences métier deviennent de plus en plus transversales car elles sont unifiées et uniformisées par les technologies de l’information et de la communication. Le web journalisme, la data visualisation, les techniques d’investigation numérique, etc. deviennent incontournables, et les journalistes doivent donc maîtriser ces nouveaux outils et être dans le même temps polyvalents et spécialistes. Par ailleurs, comme pour bien d’autres métiers, « l’ubérisation » pose un sérieux défi : décentralisation de l’information ; rapport au « journalisme-citoyen » et concurrence informationnelle plus générale, dont la « réinformation » ; robotisation symbolique ou bien concrète du métier et des personnels de la presse.
Face à ces enjeux liés aux compétences professionnelles et à l’adaptabilité, les journalistes de demain – et avec eux les écoles qui les forment – devront sans doute repenser le métier notamment sous un angle déontologique. Ceci afin de redorer le blason de la profession auprès d’une société qui lui accorde moins de crédit et de confiance qu’auparavant. Et d’innover dans la manière d’informer et produire un travail indépendant, rigoureux et d’utilité publique voire sociale. Pour conclure, les aptitudes relationnelles, un bon bagage culturel, un esprit curieux et ouvert constituent et constitueront encore à l’avenir le socle des compétences requises. C’est ainsi que les journalistes de demain devront comprendre leur environnement, inventer, entreprendre, maîtriser les outils numériques en perpétuelle évolution, et même s’initier au code informatique.

 Ecrit par : J. Bayard 

 

Les compétences que doivent rechercher les journalistes en 2024

 

 

Beaucoup de gens veulent devenir journalistes sans vraiment connaître le métier, ni quels sont les vrais besoins et charges de la profession et encore moins, les nouveautés qu’il a pu intégrer. Pourtant, dans le journalisme, tout a changé ces dernières années. Les normes ont évolué. La confiance du public envers les médias s’est étiolée.

On fait de moins en moins confiance à la parole des journalistes. On s’informe de moins en moins avec eux. On note une baisse tendancielle du lectorat. Les médias travaillent dans un contexte de surinformation et d’infobésité, ce qui fait que le journaliste devient une voix parmi tant d’autres. Les faits deviennent des opinions, ou sont confondus avec elles.

Ainsi, à quoi faut-il s’attendre pour la profession en cette année ? De quels types de journalistes aura-t-on besoin ? A quels changements, transformations ou mutations doit-on s’attendre ? Quelles seront les tendances à suivre ? Quelles sont les compétences que devront rechercher les journalistes en 2024 ?

Réunis au cours du 129e webinaire du Forum Pamela Howard de Reportage sur les Crises Mondiales du Centre international pour les journalistes (ICFJ), Eric Nahon, ex-directeur adjoint de l'Institut Pratique du Journalisme (IPJ) de l'université Dauphine et Xavier Eutrope, journaliste à La Revue des médias, ont livré leurs réflexions sur ces interrogations.

Se mettre constamment à jour

Eric Nahon a codirigé l’Institut pratique du journalisme de Dauphine pendant 15 ans et a été président de l'Association européenne de formation au journalisme (EJTA - European Journalism Training Association). Il estime que les journalistes ont besoin de :

  • Une technicité dans l'éthique,
  • Beaucoup de travail et de connaissances philosophiques,
  • Beaucoup d’interrogations, de penser contre soi-même, ce qui va pas mal à l'encontre de ces journalistes dits militants ou engagés,
  • Beaucoup plus de compétences scientifiques,
  • Des compétences scientifiques informatiques, à commencer par la compréhension de l’intelligence artificielle,
  • Être capable d’expliquer comment ils travaillent, d’expliquer leurs boîtes noires,
  • Protéger leurs sources mais d’expliquer comment il les trouve,
  • Expliquer d'où viennent les affirmations péremptoires qu’ils peuvent écrire, parce qu’on a besoin de faits contre les opinions, ou en tout cas pour éclairer les opinions ou les faire basculer, 
  • Être au service des gens, des lecteurs, des auditeurs, des internautes, de l’audience
  • Ne pas seulement écrire et filmer ce qu’ils aiment
  • Une résistance aux pressions que ce soit dans la culture ou dans la politique
  • Une spécialisation.

En plus de la spécialisation, les journalistes doivent être adaptables. Il va falloir changer de spécialisation très régulièrement, explique l’expert formateur qui encourage les journalistes à faire un effort pour se mettre à jour constamment.

Avoir des connaissances en humanités

Xavier Eutrope dit partager la même réflexion que celle de M. Nahon sur la formation tout au long de la vie. Toutefois, il souhaite nuancer la question des types de journalistes dont on a besoin. “Parce que tout dépend de quelle manière on se place, si on parle du type de journaliste qu’on attend pour avoir des médias qui optimisent leurs revenus, c'est-à-dire s’il faudrait avoir des journalistes qui soient de véritables couteaux suisses, capables de s’adapter à toutes les situations ?”

Il est important, selon lui, en 2024, que les journalistes puissent être capables de comprendre les enjeux qui leur sont posés, de comprendre et de s'informer sur les sujets qu’ils abordent notamment par exemple l’intelligence artificielle. “Aujourd’hui c’est une thématique qui est très complexe, et qui a, à mon sens, beaucoup d'atermoiements”.

Xavier Eutrope pense qu’on a aujourd’hui plus que besoin de journalistes qui soient capables de :

  • Bien contextualiser et bien vulgariser,
  • Mettre de côté leurs croyances et leurs opinions pour donner le maximum de point de vue, 
  • Ne pas oublier le contradictoire 
  • Bien faire son travail,
  • Prendre du recul sur soi-même, par rapport à la situation et aussi par rapport à tout ce qui concerne la désinformation et la communication,
  • Avoir de vraies connaissances en humanités, c'est-à-dire qu'il faut lire de la philosophie pour être capable de réfléchir contre soi-même.

Être transparent et ouvert

Xavier Eutrope se dit assez étonné et scandalisé par le manque de transparence de certains confrères et consoeurs qui refusent de parler de leur travail, qui refusent d’expliquer leur méthode, comment ils en sont arrivés à produire leurs travaux, avec quels outils, par quelle logique. “C’est une attitude qui me semble extrêmement catastrophique.” Il exhorte à être plus transparents et plus ouverts sur leurs méthodes et leur raisonnement.

L’avenir du journalisme avec l’IA

Sur le sort de l’intelligence artificielle, Eric Nahon estime que l’IA et notamment les IA génératives de type ChatGPT ou de génération d’images, peuvent être un atout pour le journalisme. Ils peuvent nous dispenser en tant que journaliste d’un travail un peu fastidieux, à condition, déclare-t-il, de bien comprendre l’outil. “Un outil qui peut être propice à l’arrivée d’un journalisme augmenté”.

Ecrit par : J. Bayard

 

 

 

 

 

 

Les outils et technologies qui facilitent le travail des journalistes en 2024

 

Les avancées technologiques ont considérablement transformé l'univers du journalisme. Les professionnels de l’information peuvent désormais compter sur des outils innovants et performants pour gagner considérablement en efficacité et s’adapter aux mutations de leur profession. Zoom sur l’arsenal du journaliste moderne.

Près de la moitié des rédactions à travers le monde utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle. C’est ce que révèle une étude de l’Organisation mondiale de la presse, la World association of news publishers (WAN-IFRA) publiée en mai 2023 en collaboration avec Schickler Consulting.

S’il y a quelques décennies seulement, les journalistes se contentaient de travailler avec un carnet, un stylo et un téléphone, ils s’appuient donc désormais sur des technologies de pointe. Mais quels sont leurs outils fétiches, dans cette nouvelle ère de l’information ? Et quelle est la « stack technique » idéale pour un journaliste en 2024 ? Voici notre sélection.

Des outils de veille et de recherche d’informations de plus en plus puissants

 D’après le rapport sur l’état des médias 2023 de Cision, 96 % des journalistes utilisent les réseaux sociaux dans le cadre de leur travail, que ce soit pour faire de la veille, pour se connecter avec des experts ou encore pour repérer des « trending topics ». Mais pour tirer efficacement parti de X, Instagram ou encore Facebook, les journalistes sont nombreux à utiliser des outils tiers, qui leur permettent de suivre des mots clés spécifiques ou d’analyser des tendances.

On peut par exemple citer l’extension CrowdTangle, dédiée au « social listening », ou bien l’outil Tweetdeck, récemment rebaptisé XPro, qui propose un tableau de bord pour suivre des comptes, des hashtags ou encore des mots clés spécifiques sur X. Longtemps gratuit, il est récemment devenu payant suite aux dernières évolutions de la plateforme X.

Au-delà des réseaux sociaux, les professionnels de l’information sont également nombreux à utiliser les outils de veille Google (Google Alerts, Google Trends), et à avoir recours à des salles de presse digitales. Avec MediaConnect, par exemple, ils peuvent accéder à tous les communiqués de presse partagés sur la plateforme, en les filtrant selon les thématiques qui les intéressent et en paramétrant des alertes personnalisées. De quoi faire une veille efficace, tout en luttant contre l’infobésité. 

Des outils de production de contenu multimédia toujours plus accessibles

Selon Cision, 45 % des journalistes affirment cette année avoir intégré à leurs articles des infographies, 43 % des vidéos, 28 % des posts médias sociaux et 13 % de l'audio. Et pour cause, il existe aujourd’hui une multitude d’outils permettant de les créer, sans avoir besoin de compétences graphiques très poussées.

Canva permet par exemple de créer des visuels en quelques clics, tandis que Dalet Flex offre des fonctionnalités simplifiées de montage et d’édition de vidéos, et Datawrapper démocratise la visualisation de données. Les outils pour enregistrer, monter, éditer et diffuser des podcasts se sont également multipliés : Zencastr, Audacity ou Ausha en font notamment partie.

Des plateformes de publication et de diffusion adaptées aux besoins des journalistes

Le CMS (Content management system) est bien souvent l’outil central de tout média d’information en ligne. Il s’agit en effet de la plateforme qui permet d'organiser, de publier et de diffuser le contenu de manière structurée, et, dans certains cas, de le monétiser.

Le magazine britannique Press Gazette, s'est récemment associé à l'outil d'analyse de sites web BuiltWith, pour analyser plus de 2 000 des principaux sites d'actualités du monde et répertorier les CMS les plus utilisés. Selon cette étude, 44 % des médias en ligne utilisent la solution open source Wordpress, parmi lesquels The Economist, Al Jazeera, ou The New York Times. En deuxième et troisième position, on retrouve Drupal et Hubspot CMS Hub.

Les journalistes sont également de plus en plus nombreux à se tourner vers des outils de diffusion dédiés aux réseaux sociaux comme Hootsuite ou Buffer, qui leur permettent de planifier leurs posts et d’automatiser certains aspects de la diffusion de leur contenu.
 
Dans ce contexte, les professionnels de l’information consacrent de plus en plus de temps et d’énergie à vérifier leurs sources. Heureusement, des outils émergent peu à peu pour les assister dans cette tâche :

  • Botometer permet par exemple de vérifier l’authenticité d’un compte X.
  • L’outil YouTube Dataviewer d’Amnesty International aide à extraire les métadonnées de contenus diffusés sur la plateforme YouTube.
  • InVID aide à évaluer la véracité de vidéos.
  • TinEye est un moteur de recherche d’images inversé.
     

Le géant Google propose par ailleurs lui-même un outil dédié à la vérification des informations : Fact Check Explorer. Les ressources à disposition des journalistes se multiplient donc, même s’il faut souligner qu’elles sont rarement fiables à 100 %.

Une nouvelle génération d’outils de rédaction et d’édition, basés sur l’IA

Comme nous l’évoquions en introduction de cet article : l’intelligence artificielle fait actuellement une entrée fracassante dans le monde de l’information, et en particulier le robot conversationnel ChatGPT. Les journalistes sont déjà nombreux à l’utiliser pour condenser des informations, corriger des textes ou encore trouver des idées de sujets.

En juillet dernier, Google a par ailleurs annoncé le lancement prochain de « Genesis », un outil d’intelligence artificielle visant à aider les journalistes à écrire des articles de presse. Il vise à proposer tout un ensemble de fonctionnalités dédiées aux journalistes en matière d'agrégation de l’information, de synthèse et d’aide à l’écriture.

Cette annonce a évidemment suscité de vives réactions et inquiétudes de la part de la profession, mais le New York Times, le Washington Post ou encore le Wall Street Journal font partie des grands médias qui souhaitent explorer les possibilités qu'offre le futur outil. Les technologies qui facilitent et transforment le travail des journalistes n’ont donc pas fini d’évoluer !

 Ecrit par : J. Bayard